Le secret des Francs-Maçons fournissait en 1744 une explication intéressante : « on croirait d’abord que fermer une loge désigneroit que la porte en doit être bien close ; c’est tout le contraire, lorsqu’on dit que la loge est fermée, tout autre qu’un FM peut y entrer & être admis à boire et manger & causer de nouvelles. Ouvrir une loge en termes FM signifie qu’on peut parler ouvertement des Mystères de la Maçonnerie & de tout ce qui concerne l’Ordre, en un mot, penser tout haut sans appréhender d’être entendu d’aucun profane (c’est ainsi qu’ils appellent ceux qui arrivoit que quelqu’un s’y introduisit, on fermeroit la loge à l’instant, c’est-à-dire, qu’on garderoit le silence sur les affaires de la Maçonnerie. »

De fait, la loge en Angleterre comme en France, se tenait autour d’une table, et n’avait nullement son aspect solennel d’aujourd’hui. On mangeait, on buvait et on fumait pendant que la loge était ouverte.

On en profitait les jours où il y avait réception, on retirait la table, on dessinait à la craie le dessin de la loge (le tapis d’aujourd’hui), que l’on effaçait avec une éponge humide lorsque la réception était terminée. Le profane une fois reçu FM, on se mettait à table. Le vocabulaire des banquets, lui aussi, est né en France.

Pour marquer le début des travaux maçonniques, il n’y avait qu’un embryon de rituel. Le Nouveau Catéchisme des FM, paru en 1749, indique : « l’assemblée & la Loge décorée, le Vénérable frape de son Maillet sur le petit Autel, qui est devant lui, trois coups dont les deux premiers assez près l’un de l’autre & le dernier plus éloigné, & dit à l’Ordre mes Frères. Le prémier Surveillant frape de même sur le Maillet du second, & le second en faisant autant sur celui du prémier, & ils répètent tous les deux, en s’adressant à l’Assemblée chacun de leur côté, à peu près comme des choristes, à l’Ordre mes Frères. Alors tous font le signe… ».

Comment le rituel d’ouverture et de fermeture de la loge est-il donc né ?

Tout simplement en ajoutant à ce qui précède quelques phrases empruntées aux instructions. Le plus ancien rituel connu d’ouverture des travaux commence ainsi :

  • D : Frère 1er Surveillant, êtes-vous Maçon ?
  • R : Mes Frères et Compagnons me reconnaissent comme tel.
  • D : Frère Second surveillant, quel est le 1er soin d’un Maçon ?
  • R : C’est de voir si la Loge est bien couverte.
  • D : Voyez à vous en assurer, mon Frère.
  • R : Elle l’est, Très Vénérable.

 

Les deux premières questions et réponses de ce « rituel d’ouverture » se trouvaient déjà dans l’instruction du Catéchisme de 1744. La troisième fut à l’évidence ajoutée lorsque l’instruction parlée devint rituel agi.

On sait mal ce qui se passa pendant la quarantaine d’années qui séparèrent le Nouveau Catéchisme de 1749 et la Formule d’Initiation distribuée aux Maîtres de ses Loges par le Grand Orient de France en 1786, cet intitulé désignant la première codification officielle du texte du rituel du premier grade symbolique, jamais effectuée par une obédience maçonnique. Les mots, signes et attouchements étaient restés les mêmes. Par contre, le texte de 1786 fait état d’importantes innovations. Il spécifie par exemple les inscriptions et les objets de la Chambre des Réflexions. – cette dernière a-t-elle jamais existé au sein de la Franc-Maçonnerie anglaise ? Il ne fait guère de doute que l’initiation par le feu provient de la Poix-résine que l’on jetait sur les chandeliers en 1737 pour effrayer le candidat et – interprétant la Chambre des Réflexions comme symbolisant le passage par l’élément terre – qu’on ajouta un rituel l’eau et l’air pour obtenir ainsi les quatre éléments chers aux Anciens.

Quant au serment, dans toutes les instructions de langue française, il est prêté « en tenant la main sur l’évangile », et les procès-verbaux des descentes de police dans les loges parisiennes en 1744 indiquent qu’il s’agissait de l’Evangile selon Saint Jean. Dans les deux plus anciens textes français connus (1744 et 1745), contenant le texte du serment, celui-ci commence ainsi : « Foi de Gentilhomme, je promets & je m’oblige devant Dieu, & cette honorable Compagnie, de ne jamais révéler le Secret (ou Les Secrets) des Francs-maçons… ». Dans les deux suivants (1745 et 1749) : « Je promets devant le Grand Architecte de l’Univers, qui est Dieu… ». Dans la formule d’Initiation du Grand Orient de France de 1786 : « Je jure sur les statuts généraux de l’Ordre et sur ce glaive, symbole de l’honneur, devant le Grand Architecte de l’Univers (qui est Dieu) … ».

Mais dans le Régulateur du Maçon imprimé en 1801, qui reprend quasiment mot à mot la centaine de pages du protocole d’Initiation, l’Obligation est prêtée devant le seul Grand Architecte de l’Univers, car les trois mots « qui est Dieu » en ont été retranchés. 

Cette suppression aurait-elle une conséquence à retardement de la révolution de 1789 ?

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