L’ORDRE HEREDOM DE KILWINNING A LONDRES EN 1743

De nombreux historiens ont considéré comme légendaires toutes les Traditions qui se rattachent à l’emploi du nom de la bourgade écossaise de KILWINNING, sans doute parce que Ramsay s’est laissé aller à écrire : « Du tems des dernieres Croisades, on voyait déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de-là en Ecosse, à cause de l’étroite alliance des Ecossais avec les François. Jacques, Lord Steward d’Ecosse, étoit Grand-Maître d’une Loge établie à Kilwin dans l’Ouest de l’Ecosse en l’an MCCLXXXVI, peu après la mort d’Alexandre III, Roî d’Ecosse, & un an avant que Jean Baliol montât sur le thrône »

Ramsay, initié à Londres au mois de mars 1730, avait peut être trouvé son inspiration dans une charge souvent attribuée à Swift, A letter from the Grand Mistress, publiée à Dublin en 1724 et datée du 1er avril – ce qui souligne qu’il s’agissait d’une plaisanterie, mais Ramsay aurait pu la prendre au sérieux – , dans lequel se trouvent les mots suivants : « Le Rameau de la Loge de Temple de Salomon, appelée par la suite Loge de Saint Jean de Jérusalem sur lequel notre Protecteur était tombé par hasard, est, comme je peux le prouver facilement, le plus Ancien et le plus Pur actuellement sur la Terre : C’est la célèbre vieille Loge Ecossaise de Kilwinin dont tous les grands Rois depuis l’époque de Fergus y régna il y a plus de 2000 ans, bien avant les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem ou les Chevaliers de Malte, deux Loges auxquelles je dois cependant reconnaitre le mérite d’avoir embelli l’Antique Maçonnerie Juive et Païenne avec nombre de Règles Religieuses et Chrétiennes ».

Or il exista bel et bien à Londres un Ordre intitulé « Scotch H-d-m (HEREDOM), or Ancient and Honourable Order of K-n-g (Kilwining) » qui, par le moyen d’une annonce publiée le 26 novembre 1743, invitait ses membres à se réunir avec son Grand Maître et ses Grands Officiers, à la taverne du Cygne, Great Portland-Street. Un Ecossais nommé William Mitchell, résidant à La Haye, reçut, également à Londres, différends documents du « grand Maître Provincial de l’Heredom de Kilwinning en (Grande) Bretagne du Sud », dont une « patente » l’autorisant « à tenir un chapitre de l’Ordre de l’HRDM dans les Sept Provinces ». Cette Patente fut signée par le Grand Maître Provincial « à Londres, ce 22 juillet A.D. 1750, A.M.H. 5753, dans le cours de la neuvième année de ma Grand Maîtrise Provinciale ».

Ceci indique que l’Ordre existait au moins depuis 1741, mais comme il est parfaitement possible que le Grand Maître Provincial qui signa la Patente de William Mitchell, cette date est la plus tardive que l’on puisse attribuer à sa naissance. Comme d’autre part, l’Ordre n’est décerné qu’à des Francs-Maçons ayant reçu le troisième grade, et que les premières traces documentaires de l’existence (non du contenu rituel) de trois grades à Londres se trouvent dans les procès-verbaux de la Philo-Musicae et Architecturae Societas en 1725, Lindsay suggère que l’Ordre naquit entre 1725 et 1741. Il estime que le but de sa création fut de « protester contre l’élimination d’éléments chrétiens des trois premiers degrés de la Maçonnerie symbolique » résultant de la rédaction du célèbre article 1er des Devoirs, publiés par James Anderson en 1723.

La dernière trace connue de l’Ordre Heredom de Kilwinning, à Londres, provient d’une autre annonce, publiée comme la précédente, dans un journal londonien, le 17 novembre 1753. On ne sait ni pourquoi, ni comment l’Ordre disparut de la capitale anglaise, tout en constatant que sa disparition est contemporaine de l’émergence de la Grande Loge des Ancients. A la même époque, William Mitchell dut quitter la Hollande et revenir habiter sa patrie, l’Ecosse, où on le retrouve le 12 septembre 1753, date à laquelle les procès-verbaux de la Loge Canongate and Leith (aujourd’hui Loge St David), à Edimbourg, mentionnent sa présence. Mitchell décida alors de « ressusciter » l’Ordre en Ecosse (The Royal Ordre of Scotland).

Cet Ordre présente pour nous un intérêt double. C’est avec lui que débuta la mode des grades additionnels qui connaitra un développement étonnant et un succès qui ne s’est pas démenti depuis plus de deux siècles. Mais d’autre part, par Rouen et Chambéry, L’ordre viendra s’établir à Genève –, fait ignoré de tous les historiens de la Maçonnerie – où on le découvrira à la fin du 18° siècle.

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