A l’époque où l’Ordre Heredom de Kilwinning existait à Londres, la Maçonnerie Ecossoise faisait son apparition en Allemagne.
On sait que le futur Frédéric II fut initié dans la nuit du 14 au 15 août 1738 à Brunswick par une délégation de frères venus à cet effet de Hambourg avec le baron von Oberg, maître de loge de Hambourg, à leur tête, auxquels s’étaient joints des Frères de Hanovre, Albrecht Wolfgang Lippe-Bückeburg, le Comte de Schaumburg, le Comte Carl Ludwig de Kilmannsegge, et von Albedyll.
Frederic devait fonder la même année, dans son château de Rheinsberg, une Loge dont les travaux furent dirigés par Oberg. Lorsque celui-ci retourna à Hambourg, le jeune Prince prit lui-même au château de Charlottenburg la direction des travaux de cette loge, nommée La Première ou Loge du Roi notre Grand-Maître, dans laquelle il initia des membres de sa famille et quelques-uns de ses amis intimes. Le 13 septembre 1740, une autre Loge, Aux trois globes, ouvrait ses travaux à Berlin sous la direction du Frère Philipp Simon.
Deux ans plus tard, le 30 novembre 1742, jour de la Saint André, six Frères de la Loge « aux trois Globes » fondaient avec l’accord de leur Loge, une nouvelle Loge dénommée « l’Union », « pour inciter leurs plus jeunes frères à s’élever vers la plus haute Maçonnerie dite Ecossaise ». Leurs noms sont connus : Le peintre Jacques Fabris, l’orfèvre Jean Roman, Fromery, Finster, Pérard et le libraire Roblau. L’Union de Berlin joua le rôle de Mère-Loge et délivra des Patentes Ecossaises à plusieurs Loges d’Allemagne. La première établie le 6 mars 1745 pour la sincérité de Francfort sur le Main, fut signée par Katsch (Maitre de la Loge Ecossaise), Fabris et Schütz (Surveillants), Fromery (Trésorier) et Roblau (Secrétaire).
Deux membres de la famille Schmettau (ou Schmettow) jouèrent un rôle important dans les débuts de la Franc-Maçonnerie Ecossaise de Berlin et de Hambourg, Gottfried-Heinrich (1710-1762), baron de Schmettau et Chevalier d’Empire, et Woldermar-Hermann (1719-1785), Comte (Graf) de Schmettau. Le baron Gottfried fut initié aux deux premiers grades par les Trois Globes en même temps que l’orfèvre Roman, le 21 septembre 1740, une semaine après la fondation de la Loge, et fu élevé à la Maitrise le 26 octobre suivant. On ne sait ni où ni quand le comte Woldemar fut initié. Il était lié d’amitié avec le baron von Oberg qu’il rencontra en passant par Hambourg en mai 1740, en route vers la France. Il se trouve à la cour de Versailles au mois d’octobre et quitte Paris le 28 mars 1741 pour Metz, Strasbourg, Gotha, Liepzig et Dresde ou il visite une Loge le 9 avril. Le 18 mai suivant, dans la maison de Breslau, il fonde la Loge aux Trois squelettes, ensemble avec le baron Gottfried et Philippe Simon. Tous les deux se rendent ensuite à Francfort, où on les retrouve au début de l’année 1742, à l’occasion du couronnement de l’Empereur Charles VII (on sait que le maréchal, marquis de Belle-Isle s’y trouvait également ; peut-être Woldemar rencontra-t-il à cette occasion Amalia de Belle-Isle, qu’il épousera le 27 novembre 1743).
La loge l’Union avait été officiellement fondée à Francfort, le 27 juin 1742. Le Maître de cette Loge, Philippe Steinheil, avait pour premier Surveillant le marquis de la Tierce. Le traducteur français du livre des Constitutions d’Anderson, arrivé à Francfort avec la suite du maréchal de Belle-Isle, avait été initié à la Loge de l’Union de Londres, comme Fabris de Berlin et Steinheil. Woldemar de Schmettau visite l’Union de Francfort, le 16 mars 1744.
Le 23 il rencontre à nouveau Oberg à Hambourg et le reçoit Maître Ecossais, en même temps que les Frères Carpfer et Arbien. Ainsi fut fondée la première Loge Ecossaise de Hambourg, laquelle décida, le 26 novembre 1746, de prendre comme titre distinctif le nom de son fondateur.
L’exemple précédent de par sa complexité même et son apparent manque de clarté, constitue un bon exemple de circonstances qui accompagnèrent le développement de la Franc-Maçonnerie Ecossaise en Europe continentale au cours des années 1740. On relève, certes, le rôle de pépinière que pourrait avoir joué la Loge L’union de Londres. Mais le plus intéressant semble la manière individuelle avec laquelle, au cours de leurs voyages et de leurs rencontres, des Maçons transmettent un grade de Maître Ecossais et fondent des Loges qualifiées d’Ecossaises. Ces dernières n’avaient cependant sans doute pas davantage d’aspect innovateur que les Loges du Troisième grade, fondées une dizaine d’années plus tôt en Angleterre. Exprimé différemment, ceci revient à dire que la séparation rigide entre grades symboliques et grades additionnels, qui semble aller de soi pour nos contemporains, n’existait pas alors, ce qui a déjà été suggéré.
