La Franche Maçonnerie en Suisse
Un ancrage unique et original
La Grande Loge de Genève et ses Loges
D’après le livre : les débuts de la Franc-Maçonnerie à Genève et en suisse
La grande Loge de Genève a été créée en juin 1769. Le registre, dans ses folios 1 et 2 énumère vingt et une loges en faisant partie. Cependant, il semble qu’il ne s’agisse que d’une partie des Loges ayant appartenue à la Grande Loge de Genève. Il est en effet fort possible qu’outre la Parfait Union de Genève, la Triple Equerre d’Annecy, et peut-être l’Egalité, d’autres Loges en aient fait partie, l’aient quittée en janvier 1773, et n’aient jamais demandé à en faire partie de nouveau.
Était-ce le cas pour deux loges « non confédérées », les Amis Sincères et la Sincère Union, dont l’existence à Genève était parfaitement connue de la Grande Loge, puisque le Registre mentionne qu’elle délivra des certificats à deux de leurs membres, respectivement en novembre 1774 et en janvier 1776 ?
La première mention « Maçonnerie spéculative » à Genève remonte au 1er mars 1736. Le mouvement s’étend sur le continent et le 5 mars 1736, de Budé demande au Conseil de Genève « qu’il réfléchisse sur les inconvénients que peuvent résulter de l’établissement qui se fait dans notre ville de la société des Maçons libres ».
Ces maçons libres sont un certain Sir John Hamilton qui en a introduit l’idée sur les bords du Léman, et à fondé le premier atelier Genevois sous le merveilleux nom de : « Société des Maçons libres du Parfait Contentement ». Les premiers membres sont surtout des sujets britanniques résidant à Genève, mais l’idée est implantée, le mouvement se répand et l’on compte 6 Loges en 1744.
Ces Loges se réunissent le plus souvent dans la clandestinité, car le Consistoire s’en mêle.
Il est vrai que la fin du XVII° et le début du XVIII° siècle nous démontrent que les émules de Calvin qui prétendent entretenir « le règne de la théologie réformée » exercent en réalité la théologie la plus dogmatique qui soit, caractérisée par l’immobilisme et le conservatisme, doctrine imposée par une intransigeance qui arrive même à dominer l’évolution et la pensée académique diront les chroniqueurs de l’époque.
Malgré cela, d’autres Loges se fondent et la plus ancienne de Genève toujours en activité est « l’Union des Cœurs » créée le 7 février 1768.
La Maçonnerie Genevoise, éminemment prospère, a connu une activité débordante dont ont largement bénéficié les institutions politiques, sociales, et culturelles. De fructueux échanges d’idées, d’opinions, de conceptions, de réalisations se sont opérées au sein de ces réunions d’hommes fidèlement attachés aux termes et à l’esprit des Constitutions de 1723 qui précisent notamment : « Un Maçon est obligé, par son état, d’obéir à la Loi morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais athée stupide, ni libertin religieux. Il est astreint à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire Hommes de bien et loyaux, hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou confessions qui aident à les distinguer ».
C’est en 1789 que la Maçonnerie est reconnue officiellement à Genève.
Les Loges Maçonniques n’ont pas été épargnées par les controverses qui ont éclatée entre les Ateliers conservateurs qui groupaient nobles, bourgeois et aristocrates, et les autres acquis aux qualificatifs de « citoyens », qu’ils fussent Jacobins ou sans culotte.
Ce contexte explique les vicissitudes de la Maçonnerie Genevoise. Désir d’indépendance, pressions dominatrices de la France, respect des origines, puis présence des troupes étrangères et finalement occupation française ont eu pour conséquence le regroupement des ateliers tantôt sous la houlette de la Grande loge de Genève, tantôt ou ensuite sous le Grand Orient de France.
L’éveil
Apparition de la Franc-Maçonnerie à Genève (1736-1737)
L’extrait des registres du Vénér. Consistoire du jeudi 1er mars 1736 constitue le premier document mentionnant l’existence de la Franc-Maçonnerie à Genève : « On a rapporté qu’il s’est formé depuis peu dans cette ville, Une Société, sous le titre de Massons libres, dont les membres sont obligés, en y étant admis, de faire un serment des plus solennels, au Président qui est à Londres, de garder le secret de tout ce qui se passe dans l’assemblée, Que le Sr Hamilton tient icy la place du chef, & qu’ils y ont agrégé diverses personnes de cette ville, sur quoy opiné, l’avis a été de faire un renvoy au Mag° Conseil (signé) J.Marcombe (,) Secret° ».
Le 5 mars suivant, Bude de Boissy demande au Conseil des CC « que le Conseil réfléchisse sur les inconvénients qui peuvent résulter de l’établissement qui se fait en notre ville de la société des Massons libres (f°152). Au Conseil des XXV du 7 mars : (f°156) : « Mr le premier a rapporté que le Sr Hamilton vint hier chez lui et lui dit qu’il avait été surpris d’apprendre que l’on eu parlé de (f°157) lui au Mag. Conseil des 200 lundi dernier, qu’il lui répondit que l’avait été à l’occasion de la société des Massons libres que l’on a voulu établir dans cette ville, et lui fit sentir que cela ne convenoit point, que le Sr Hamilton l’assura qu’il ne la tiendroit plus, qu’il seroit de très fache de faire quelque chose qui put déplaire au conseil pour lequel il était plein de respect et lui marqueroit dans toutes les occasions sont dévouement. Mons le sindic Bonet a dit que le S. Hamilton fut aussi chez lui pour lui marquer les memes sentiments ».
Le mardi 20 mars, au conseil : (f°187) « On a lu le renvoi du venerable consistoire du 8 du courant au sujet de la société des Massons libres qui commence à s’introduire dans notre ville et dont le Sr Hamilton tient ici la (f°188) place de chef y ayant agrége diverses personnes de cette ville, et en etant opiné, l’avis a été de charger M. le sindic Bonet de mander le Sr Hamilton et de lui defendre de la part du Conseil de recevoir à l’avenir dans cette société aucune personne de cette ville soit sitoyen bourgeois, natif ou habitan de même que des étrangers mineurs à moins qu’ils n’aient le consentement de leur gouvernement ». Et la date du 2 avril 1736 « il (le sindic Bonet) a ajouté qu’il avoit mandé le S. Hamilton auquel il avait notifié la résolution du Conseil au sujet de la société des Massons libre, que le S. Hamilton avois promis de s’y conformer ». (f°204). Hamilton qui avait eu une rixe avec J.P. et Théodore Ferrier quelques jours plus tard, à la suite de laquelle il avait été « grièvement censuré » (Théodore Ferrier également, mais ce dernier avait reçu de surcroit 8 jours de prison et 50 écus d’amende) le 10 avril, semble avoir suivi les conseils qui lui avaient été prodigués par les autorités, puisque son nom ne sera plus jamais évoqué en rapport avec la Franc-Maçonnerie genevoise, dont on ne reparle que l’année suivante.
Le 3 août 1737 (f°287) « Mons. Le sindic de la garde a rapporté qu’il avait eu avis que jeudi dernier on tint une loge de Massons libres chez Grenier qui loge à la rue des belles filles à qui on a permis de tenir son billard, qui y avoit des gens de la ville qui en etoient et qui se promenerent dans les rues avec leur Tablier. On resolu de faire appeler Grenier pour savoir de lui si il y avoit des gens de la ville et qui ce soit ». Fontaine-Borgel (relation Historique sur l’Etablissement des Premières Loges Maçonniques à Genève…, 1874, pp. 10-11) cite ce texte et ajoute : « Etienne Grenier, natif, maître passementier, tenait ce billard destiné à divers seigneurs étrangers, en suite de requête acceptée par le Conseil en séance du lundi 18 mars 1773 (sic pour 1737).
Francois Ruchon a découvert l’exemplaire d’une convocation imprimée, rédigée à l’occasion de l’installation d’une loge genevoise. L’année 1737 y est seule indiquée, la date étant restée en blanc.
Il n’y est fait mention ni de George Hamilton, ni d’un Grand Maitre Provincial :
A Genève le 1737.
Tres cher Frère
Sous les auspices de notre vénérable Grand Maitre, vous êtes instamment prié de vous trouver afin de procéder à ce qui concerne le plus grand
Bien de la loge et en outre de son Installation.
Je suis avec un dévoué respect
Très cher Frère
Votre humble et très
Obéissant serviteur et frère.
Le registre Genevois ne mentionne plus la Franc-Maçonnerie jusqu’en 1744.
Les premières Loges
Entre 1736 et 1745
L’existence de la loge de George Hamilton est attestée par les registres officiels de mars 1736 et par l’absence de dénégation du principal intéressé, mais le titre qu’on lui attribue, le Parfait Contentement, ne semble apparaitre que bien plus tard. L’indication de Fontaine-Borgel, selon laquelle cette loge « reçut sa patente de constitution de la Grande Loge de Londres » (op. Cit. p. 8), représente un bel exemple de pure imagination, car la première grande loge ne délivrera de patentes qu’à partir de l’année 1756 et se bornait jusque-là à adresser une délégation de pouvoir (a Deputation to Constitute) à un « digne frère » qu’elle autorisait à agir en son nom. On a vu également, en août 1737, la mention d’une loge dite se réunir chez le maître passementier Grenier, rue des Belles-Filles.
Résumons les nouveaux éléments fournis par les interrogatoires de 1744, concernant les six loges évoquées par Mr. Le Premier.
- La loge qui se réunit brièvement en avril-mai 1744 Rues-basses, dans une maison appartenant à Jean Derodon, père de Bénédict Derodon qui était Franc-Maçon et qui indique les noms de dix Frères.
- La loge qui aurait pu se réunir depuis le 1 avril 1744 dans l’appartement loué par David de la Corbière au Sieur Nadal.
- La loge qui se réunissait depuis le 15 janvier au premier étage de la maison de l’Ecu de Genève, appartenant à Pierre Jaquier qui l’avait loué aux Sieurs Barnier, Tollot et Jean Itier.
- La loge qui se réunissait au premier étage de la maison qu’habitait Jeanne-Marie Bourdillon et dont faisait partie, outre les Sieurs Joli, Cassin et Savion, l’un des cousins Bourdillon.
- La loge qui se réunissait à la Tour Dorsière, chez Châtel, au sujet de laquelle l’interrogatoire de Jean-François Chais indique que ses membres pouvaient être une vingtaine et que Tournier, confiseur, en était président ou maître. Or, dans les Annalen de la loge l’Union de Francfort-sur-le-main que Kloss a publiées en 1842, il est fait état d’une correspondance établie en 1743 entre le Frère James de la tour de Francfort, et le Frère Tormier, Vénérable Maître de la loge la concorde à Genève. Tournier et Tormier étant pratiquement identiques, il me semble probable que la loge qui se réunissait à Châtel avait pour titre distinctif La Concorde. Une lettre du 26 novembre 1743, adressée de Genève à Francfort, que résume Kloss, indique que la Concorde avait transmis les informations reçues de Francfort aux autres loges de Genève.
- La loge fréquentée par des Anglais qui se réunissaient dans l’appartement que la Dame Dufour avait sous-loué à Lord Malpas, en janvier ou février 1744. Vu la nationalité de ses membres, il est possible que cette dernière loge soit la même que celle que Hamilton avait fondé, d’autant qu’on a vu plus haut l’auteur anonyme des fastes de Genève écrire que la loge dont Malpas était Grand Maître (c’est-à-dire Vénérable) était « la principale loge » de Genève.
Au Conseil du 10 août « on a fait lecture d’un projet de publication lequel a été approuvé sous quelques observations ». A propos de l’interdiction envisagée, les Fastes de Genève font le commentaire suivant : « sur ce dernier point, le Conseil se trouve partagé. Quelques-uns représentèrent que, comme il y avait plusieurs princes très considérables comme le roi de Prusse, le prince de Galles qui étaient membres de la société des §Francs-Maçons… il semblerait contraire au respect dû à des princes de condamner par un jugement public une société dans laquelle ils n’avaient pas dédaignés d’être admis, qu’en se contentant d’interdire, par rapport à nous les assemblées de francs-maçons, il serait trop délicat de faire des démarches trop éclatantes qui pourraient peut-être attirer quelques reproches et même quelques chagrins d’état ».
Le texte de l’interdiction « de la part de Nos Magnifiques et Très Honorés Seigneurs Sindics, Petit et Grand conseil », fut publié le 8 septembre 1744. Il interdisait « de tenir aucune loge, soit Assemblée de Francs-Maçons, d’assister à aucune de ces Assemblées, sous quelque prétexte que ce soit… A peine… de Cent Ecus d’Amende & de prison, & de plus grande peine s’il y échoit ».
Une loge (peut-être est-ce l’une des précédentes) sera évoquée dans le Registre du Consistoire, le 28 janvier 1745 : « M. le Pasteur du quartier a ajouté qu’il est difficile de découvrir ce qui se passe dans ce cercle (de la fusterie), parce que comme il servait cy-devant de loge aux francs-maçons, ils ont conservé les doubles portes, en sorte qu’on ne peut ni voir ni entendre ». Quant à la parfaite Félicité attestée à Genève en février 1745 et « qu’on prétend avoir été introduite dans cette ville par la Dame Doival-Dommentho et la Dame Buret, toutes deux étrangères », il ne peut s’agir à cette époque d’une loge d’adoption, comme le suggèrent Fontaine-Borgel et François Ruchon (le Grand Orient de France ne « les prend en considération » que le 10 juin 1774), mais vraisemblablement d’une loge de l’Ordre de la félicité, un Ordre Androgyne parmi d’autres.
Vingt années de silence de la Franc-Maçonnerie genevoise se passent entre 1749 et 1769. Néanmoins une lettre adressée le 13 août 1764 par le gouvernement de Berne à celui de Genève, relève le fait que malgré les ordonnances édictées par la République, en date du 8 septembre 1744, donnant interdiction aux Bourgeois Genevois notamment, de participer aux assemblées de ces société de Franc-Maçon.
Nombre de personnes ont déclarées être entrées dans la société et d’avoir été reçu Franc-Maçon à Genève. Entre autres par un nommé Castaignet Grand Maître pour les années 1750 et 1751. Mais aussi en 1754 et 1757. Ces différentes loges se sont tenues à Genève au logis nommé la Ville de Turin, et au cheval Blanc à St Gervais.
Lüthi-Tschanz écrit que les autorités Genevoises se sont contentées d’accuser réception de la lettre, sans prendre aucune mesure particulière contre les Maçons Genevois.
L'éveil
histoire et fondation de la préfecture du Comté de Genève

Description héraldique :
D’or à quatre points équipolés d’azur.
Blason définitif à partir de Aymon II (XIII° siècle)
En clair, il comporte 3 rangées de 3 carrés. Les 4 carrés au 4 coins sont d’or, et les 5 autres formant une croix sont d’azur.
Le choix du nom du Comté de Genève, pour notre préfecture, s’est fait tout naturellement, puisque ses Chevaliers sont établis dans tout le Genevois, lequel va bien au-delà du Grand Genève actuel. Comme dans toute l’histoire des territoires habités, le désir de s’agrandir et d’en conquérir de nouveaux, a été la principale occupation de la grande, comme de la petite noblesse. Genève et sa région, à l’époque médiévale, ne font pas exception.
La résidence officielle des Comtes de Genève, fut d’abord le Château de Genève, en plein cœur de la vieille ville, au Bourg-de-Four aujourd’hui disparu, puis au Château de La Roche (aujourd’hui la Roche-sur-Foron) à partir de 1219).
Le titre de comte de Genève, en latin : comes Gebenensis, était porté par les seigneurs ayant l’autorité sur le territoire du Genevois et sa ville principale, Genève. Il a été porté, depuis le milieu du 11e siècle, par dix-sept seigneurs appartenant à la maison de Genève. À la fin du 14e siècle, il passe par mariage à la maison de Thoire-Villars, à partir de 1394, à la suite de la mort du dernier Comte de la maison de Genève, avant que le comté n’entre dans les possessions de la maison de Savoie, qui en font une terre d’apanage.

Définition héraldique :
Bandé d’or et de gueules de six pièces
Armes de la famille de Thoire et Villars.
Le titre de « comte de Genève » s’est transmis, depuis le 11e siècle, de façon héréditaire, de mâle, en mâle, et par ordre de primogéniture, au sein de la maison de Genève, respectant ainsi la loi salique qui exclut les femmes.
Vers 890, un Comte Manassès, peut être de Genève est mentionné. Un second Manassès est mentionné dans une donation de 1002 auprès du roi de Bourgogne, Rodolphe III. Aucune parentèle ne lui est connu si ce n’est Robert mentionné dans l’acte 1002 comme son neveu.
Une famille dite « Genève », les Géroldiens, fait son apparition à cette même période, mais aucun lien de parenté n’est avancé. Le premier comte mentionné est un certain Gérold ou Giraud, attesté au milieu du 11e siècle. Il est mentionné en 1034, en tant que « prince de la région ». Il semble avoir été placé comme comte par le dernier roi de Bourgogne Rodolphe III. Les Genève appartiennent à l’entourage de la grande famille des Rodolphiens.
Rodolphiens est le nom donné, par l’historiographie moderne, aux souverains du second royaume de Bourgogne dit royaume d’Arles ou encore royaume des Deux-Bourgognes, entre 888 et 1032, et à leur parentèle, issus d’une famille bavaroise, les Welf.

La Bourgogne a joué un rôle important pour le Comté de Genève, et cela nous ravit, car notre préfecture du Comté de Genève est sur les terres de la Ve province de Bourgogne dans laquelle se réveillera le Grand prieuré de Bourgogne.
Du futur qui nous fait rêver, revenons au passé, et à l’histoire qui nous intéresse.
Si les comtes règnent bien sur le Comté de Genève, leurs droits sur la cité font toutefois débat. Certains historiens considèrent qu’ils ne les ont jamais possédés, et que seul l’évêque, élevé au rang de Prince, a reçu ces droits du Saint-Empire romain germanique, dont Genève faisait partie, comme l’atteste l’aigle couronné sur ses armoiries actuelles.
D’autres pensent que les comtes de Genève les ont détenus jusqu’au traité de Seyssel, en 1124, où le comte Aymon Ier reconnaît le pouvoir temporel du Prince-Évêque de Genève.
Mais alors ! qui furent vraiment les premiers comtes de Genève ?
La première mention d’un comte de Genève, à la fin du VIIIe siècle, est celle de Reynier, seigneur du Comté, dont les Géroldiens prétendront descendre. Son fils Olivier est le compagnon et ami de Roland, neveu de Charlemagne.
En traversant les Pyrénées, les deux amis et leur troupe, arrière-garde de l’armée de Charlemagne, furent attaqués par les Sarrasins, le 15 août 778, au défilé de Roncevaux.
Voyant le désastre, Olivier supplia Roland d’appeler Charlemagne en renfort, au moyen de son olifant. Mais Roland, certain qu’ils viendraient seuls à bout de leurs assaillants, refusa et continua de se battre vaillamment avec sa fidèle épée Durandal. Ce fut seulement lorsqu’il vit Olivier tomber à ses côtés, qu’il se décida à souffler dans son olifant. Si fort que ses veines éclatèrent. Mais il était trop tard, et tous périrent en chevaliers.
Comme référence chevaleresque, on peut difficilement mieux faire.
Selon une autre source, Manassès, en 890, semblerait être le premier comte de Genève.
Il s’ensuit une longue liste de comtes de Genève, toujours sous l’égide de la Maison de Bourgogne.
C’est à la fin du XIIIe siècle que le fils d’Amédée Ier, Amédée II, porte définitivement sur son blason les armes du comté de Genève, qui sont aujourd’hui encore celles de la ville de La Roche-sur-Foron en Haute-Savoie. C’est le blason que notre Préfecture a choisi, car il représente exactement ce que nous sommes, des Chevaliers dispersés aux 4 coins du comté, mais unis par notre foi chrétienne.
Au XIVe siècle eut lieu un événement mondial, dont les comtes de Genève furent responsables. Qui aurait pensé, à cette époque, que ce bout-du-monde (lieu-dit bien connu des Genevois) allait diviser la terre entière, par un membre de l’illustre famille régnante.
Né en 1342 à Genève, Robert de Genève, frère du Comte héritier, est évêque à Thérouanne, dans le comté d’Artois. Nommé archevêque, puis cardinal, en 1371, il fait activement partie des cardinaux qui invalident l’élection du pape italien Urbain VI, très impopulaire.
Le 20 septembre 1378, il est élu antipape à Fondi, dans les États pontificaux, sous le nom de Clément VII.
Son couronnement marquera le début du Grand Schisme d’Occident qui divisera l’Église catholique romaine jusqu’en 1417.
Deux mois plus tard, la France prend parti pour Clément VII, tandis que l’Angleterre soutient Urbain VI.
L’Europe se divise ainsi entre urbanistes et clémentins, et la plupart des Églises d’Orient se rangeront du côté de Clément VII. Ce dernier espère déloger Urbain VI du Vatican avec l’aide de mercenaires français, en assiégeant le château Saint-Ange, à Rome.
Malgré la chute de la forteresse, sa tentative échoue et Clément VII se retire à Naples, où la reine Jeanne Ière, dite la Reine Jeanne, reconnaît son autorité. Mais les Napolitains lui préfèrent Urbain VI, et Clément VII s’installe bientôt en Avignon.

Cette dualité sème la plus profonde confusion au sein de la chrétienté, certains territoires ne sachant plus à quel pape obéir. La division entre la France et l’Angleterre sur la question prolonge encore la guerre de Cent Ans. La France y gagne une opportunité d’intervenir dans la politique italienne. Non content de reconnaître la légitimité de Clément VII de son vivant, le roi de France Charles V le Sage, l’affirmera encore à la mort du pontife en le déclarant « authentique berger de l’Église ». Clément VII lui-même restera convaincu de sa légitimité jusqu’à son dernier souffle, le 16 septembre 1394 à Avignon.
Après ce tumulte mondial, revenons pour conclure cette page historique au comté de Genève, dont les derniers descendants de cette branche épique s’est éteinte. Le titre passe par mariage à la maison de Thoire-Villars à partir de 1394, à la suite de la mort du dernier comte de la maison de Genève, la même année que son frère Clément VII.
En 1402, Odon de Villars vend le comté de Genève au duc de Savoie Amédée VIII, pour 45000 francs or. Ses héritiers en contestent la vente. Après 23 ans de luttes et de procès, Amédée VIII rachète à tous les prétendants leurs droits sur le comté.
Le comté de Genève devient ainsi duché de Genève, en même temps que de Savoie. Genève, restée indépendante depuis plusieurs siècles, le sera définitivement après avoir chassé le Prince-Évêque Pierre de la Baume, en 1533. Celui-ci se réfugia dans le Pays de Gex, puis s’établit au Château d’Annecy qui devint, jusqu’au début du XVIIe siècle, La ville est la résidence officielle des prince-évêques de Genève, dont le dernier, François de Sales, renonçant à tous les titres de noblesses auxquels il avait droit, pratiqua une vie simple et rétablit le culte catholique et son enseignement dans toute la région. Sa Foi, ses engagements monastiques pour les femmes, ses écrits sur la prédestination pour dialoguer avec ceux de Calvin, lui valurent d’être canonisé en1665. Il aimait à rappeler que tout laïc peut se sanctifier en faisant joyeusement son devoir d’état, en lequel s’exprime la volonté de Dieu.
Un siècle plus tôt, la Réforme, officiellement déclarée en 1536, avait exaspéré son voisin le duché de Savoie. C’est pourquoi on peut comprendre l’envie impérieuse du duc Charles-Emmanuel de Savoie de posséder enfin cette ville.
Dans la nuit du 12 décembre 1602, solstice d’hiver, selon le calendrier Julien, Genève connut des heures tourmentées. Les Savoyards attaquèrent la cité avec quelques milliers d’hommes et leur avant-garde avait déjà franchi les remparts à l’aide d’échelles, lorsque l’alerte fut donnée. Il était prévu que les premiers soldats ouvrent les portes de la ville au gros des troupes, mais ils n’y parvinrent jamais. Cet échec sonna le glas du plan du duc de Savoie qui battit en retraite avant le lever du soleil – lui qui pensait qu’un simple revers de la main suffirait à conquérir la riche cité de Genève qu’il convoitait depuis un certain temps.
Cette défaite fut le coup d’arrêt des ambitions savoyardes dans la région et constitua un affront personnel pour Charles-Emmanuel. Non seulement il avait subi une humiliation sur le plan militaire, mais il dut aussi reconnaître l’indépendance de Genève lors du traité de Saint-Julien, en 1603.
Cela mit un terme définitif à son projet de faire de la ville la capitale des Préalpes et de chasser les protestants de la région. Pour garantir le respect de leur parole, il fut interdit aux Savoyards de rassembler des troupes ou de construire des forts dans un rayon de quatre lieues autour de Genève, ainsi que d’y célébrer la messe. Et pour faire bonne mesure, la ville du bout du lac se vit libérée de l’obligation de payer des impôts à la maison de Savoie.
Entre parenthèse, presque cinq siècles plus tard, dans un geste d’apaisement œcuménique, la Rome protestante offrit à l’évêque de Genève, Vaud et Fribourg, Monseigneur Charles Morero, de célébrer une messe dans la cathédrale Saint-Pierre, le 19 février 2020. Mais cet événement important dut être reporté en raison du covid. Cette messe mémorable eut lieu le 4 mars 2022.
Nous terminons cette page d’histoire avec un petit intermède impérial. Genève a défendu fièrement son indépendance, sa liberté, ses franchises et sa glorieuse renommée. Nul n’a su ni n’a pu la séduire ni la conquérir, sauf un homme, Napoléon, qui ouvrit ses portes sans « pêne ». De 1798 à Waterloo, elle fut le chef-lieu du département du Léman, de la République française, du Consulat et du Ier Empire, dans un territoire totalement acquis à l’Empereur. Ce fut le seul coup de canif porté à son indépendance.
Par la suite, la Maison de Savoie deviendra royale, avec l’avènement de Victor-Emmanuel II, Roi d’Italie, en 1861. Cet éphémère royaume prendra fin après la Seconde Guerre mondiale, avec la proclamation de la République italienne, en 1946.
Ce qui met un point final à toute l’histoire de ce comté de Genève, mais un magnifique départ au sein du Directoire National Rectifié de France – Grand Directoire des Gaules.
Historique
AVANT-PROPOS de l’auteur
Il suffit de parcourir la bibliographie des écrits consacrés à l’histoire maçonnique de la Suisse, pour constater que L’histoire de la Franc-Maçonnerie Suisse et à Genève en Général, puis concernant la DISCRETION en particulier est conséquente.
Ces archives, malgré tout représentent peu face à celles considérables de la Maçonnerie française. A la différence que pour la Suisse, les archives sont, non seulement dispersées sur le territoire de la confédération et en France, mais se trouvent également en plusieurs langues, ce qui ne facilite pas les choses. Je n’aborderai pas les archives détenues par les structures elles-mêmes dont l’accès n’a pas été donné ou autorisé de les laisser lire.
Mais le silence ne doit pas se transformer en oubli !
Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de dire que ce passé, qu’un tel passé n’est pas seulement, le leur, celui de Genève, de la suisse. Nous n’avons pas le droit de taire cette connaissance qui permet de comprendre d’où nous venons, où nous sommes.
La grande Loge de Genève a été créée en juin 1769.
Le Comté de Genève se situe historiquement sur le territoire de la Vème Province (Templière selon la stricte Observance) dite de Bourgogne.
La Loge la Discrétion a été fondée à Zurich le 13 août 1771.
En 1773, il y a deux loges situées en « territoire étranger » faisant partie de la Grande Loge de Genève. L’une d’elle est : la Discrétion à Zurich. Une patente constitutive, datée du 20 avril 1772, signée par Vernet en qualité de Secrétaire de la Grande Loge Nationale (sic) de Genève, fut adressée aux Frères de Zurich, mais ils ne la reçurent officiellement que le 17 juillet suivant.
Il faut relever que le développement de la Stricte Observance en Suisse, à partir de la fin de l’année 1772 est d’une importance capitale dans la « Vie » de la Discrétion.
Ces débuts ont pour acteurs principaux Diethelm Lavater, un jeune étudiant en médecine, et Andreas Buxtorf, un négociant et Ratsherr (Conseiller municipal, conseiller ou ministre…) bâlois. En arrière-plan, l’un des plus importants membres de la Stricte Observance en Allemagne, Johann Christian Schubart, dont l’influence considérable s’exercera à distance, au moyen de sa correspondance avec Lavater.
Les circonstances dans lesquelles la Discrétion fut « rectifiée » par Diethelm Lavater – c’est-à-dire adopta les système templier de von Hund, système qui, entre 1764 et 1768, devait s’intituler Stricte Observance sous l’influence de Johnson jusqu’au Convent de Kohlo – ou la loge abandonna son titre distinctif primitif de la Discrétion et prit le nom de zur Bescheidenheit ou Modestia, sont assez confuses.
D’Allemagne où il avait fait des études de médecine, Diethelm Lavater était rentré à Zurich le 2 juin 1767. Il avait alors vingt-trois ans. Initié à Erlangen en 1765, il avait reçu l’année suivante les IV° et V° grades de la Stricte Observance. Schubart l’avait reçu Armiger (écuyer) dans l’Ordre Intérieur, le 21 avril 1767, à Leipzig. De 1767 à 1772, Lavater ne semble pas avoir eu d’autre activité maçonnique que sa correspondance, notamment avec Andreas Buxtorf. On ne sait pas ce qui amena, au mois de février 1768, les deux Francs-Maçons suisses à s’écrire. De 1768 à 1778, ils échangeront une soixantaine de lettres. Ne serait-ce que par le truchement des idées qu’il exposera à Lavater, Buxtorf exercera une influence certaine sur les débuts et la diffusion de ce qui deviendra la Maçonnerie rectifiée (au sens Stricte Observance) en Suisse.
Entre 1769 et 1771, Buxtorff, par échange épistolaire exerce une énorme action de lobbying auprès de Lavater pour qu’il rejoigne la « SO » avec les frères de la Discrétion. Son objectif étant d’établir en Suisse avec une loge de Bâle déjà en activité, une Préfecture de la « SO ». Lavater fini par se laisser convaincre et entame à son tour, une campagne d’influence auprès des Frères de la Discrétion.
La loge La discretion
La loge La Discrétion est unique sur le bassin Genevois au sens qu’elle pratique les rituels
du Rite Ecossais Rectifié élaborés à l’origine (1776) par son fondateur Jean-Baptiste
Willermoz tentant de respecter la lettre sans en altérer l’esprit.
En effet, les Frères fondateurs de cette nouvelle loge : La Discrétion, ont souhaité revenir
aux textes originaux rédigés par Jean-Baptiste WILLERMOZ qui donnent tous leurs sens au
fur et à mesure de l’avancement dans le travail. Ces derniers ont aussi souhaité conserver
l’esprit du Régime Ecossais Rectifié et par conséquence se rattacher au Directoire National
Rectifié de France – Grand Directoire des Gaules (DNRF-GDDG) afin de travailler en toute
indépendance obédientielle, en toute souveraineté et en cohérence sur la forme et le fonds
avec l’esprit caractéristique du Rite Ecossais Rectifié qui ne peut appartenir qu’à une
structure « monorite ».
La Loge Discrétion n°30 se donne a pour mission de permettre à tout individu sur le bassin
Genevois de vivre l’expérience spirituelle extraordinaire du Rite Ecossais Rectifié et de
transmettre aux générations futures : La force symbolique et la profondeur de cet héritage
exceptionnel.
Composée de Frères d’horizons géographiques variés tel que la Suisse, la France mais
aussi la Belgique et l’Italie, notre atelier revêt un caractère unique par sa structure en
Régime indépendant de toute obédience, sa fraternité universelle et par le rite pratiqué,
chrétien par essence appelé « chrétien transcendant » car délivré de tout dogme « d’église
», le Régime Ecossais Rectifié qui s’appuie sur la pratique de Rites spécifiques différents à
chaque étape de progression au sein de l’Ordre (RER).
Depuis plus de 300 ans, le Comté de Genève est à la fois un haut lieu de réflexion spirituelle
et philosophique et un carrefour de la diversité humaine qui se rassemble à la recherche de
la Vérité, se retrouvent pour échanger, travailler et fraterniser.
Genève et Lyon sont les berceaux historiques du Rite Ecossais Rectifié. Les Frères de la
Loge La Discrétion n°30 sont les héritiers directs de cette Tradition historique.
Le tableau des armoiries

Préfecture du Comté de Genève
APT NON ARCT
Justement mais non étroitement.

Commanderie de Saint-Pierre
POST TENEBRAS LUX
Après les ténèbres, la Lumière.

Loge La Discretion
ET MUNDUS EUM NON COGNOVIT
Et le monde ne l’a pas connu.

Devise du bijou de Loge La Discrétion
NON NOBIS, NON NOBIS DOMINE, NON NOBIS, SED NOMINI TUO, DA GLORIAM.
Non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais à Ton Nom (seul), donne la gloire.
Vous avez des questions ?
« La franc-maçonnerie intrigue depuis des siècles et nourrit parfois des idées reçues. Est-ce une société secrète ? Une religion ? Un cercle fermé réservé à quelques-uns ? Autant de questions que beaucoup se posent sans toujours trouver de réponses fiables.
Notre objectif ici n’est pas de tout dévoiler – car certaines choses doivent se vivre plutôt que se lire – mais de lever le voile sur les interrogations les plus courantes. Cette FAQ vous permettra de mieux comprendre l’esprit, les valeurs et la réalité d’une démarche maçonnique, loin des clichés. »
Non. La franc-maçonnerie n’est pas une religion et n’impose pas de dogme. C’est une fraternité qui réunit des personnes de toutes croyances (ou sans croyance) autour de valeurs comme l’humanisme, la liberté de conscience et la solidarité.
Ce n’est pas un secret, c’est de la discrétion. Les membres parlent librement de leur appartenance, mais certains rituels et symboles restent réservés aux initiés pour garder une dimension de vécu et de transmission.
Pas du tout. Les loges maçonniques accueillent des personnes de tous horizons sociaux et professionnels. L’idée n’est pas d’avoir un statut, mais de travailler sur soi et avec les autres pour progresser ensemble et contribuer à une société plus fraternelle.